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 Le document d’orientation déposé en appui aux présentes consultations sur la cible de réduction du Québec à l’horizon 2020 contient une modélisation des impacts potentiels de l’atteinte de différentes cibles. On y apprend – somme toute – que l’atteinte de la cible la plus ¨ambitieuse » proposée par le gouvernement – soit 20% de réduction – entraînerait une baisse du PIB de 0,16%, augmenterait le revenu disponible des ménages de quelques  124 millions de dollars et causerait la perte de 1 611 emplois d’ici 2020. Rien ici qui puisse mettre en péril la structure économique du Québec, d’autant qu’on peut avoir des raisons de croire que ces résultats seraient faussés par des hypothèses périmées.

Les résultats de cette analyse, basés sur le modèle dit d’équilibre général du ministère des Finances du Québec, dépendent d’une série d’hypothèses parmi lesquelles le prix du pétrole. Le ministère des Finances a ainsi utilisé 60$US le baril de pétrole en 2015 comme valeur de référence, disant s’appuyer sur les données du Department of Energy (DoE) des États-Unis.

Équiterre note que les données utilisées par le ministère des Finances du Québec sont périmées, ayant été mis à jour depuis plusieurs mois par plusieurs agences internationales, y compris par l’Agence américaine d’information sur l’Énergie sur laquelle s’appuie la modélisation. Ainsi, l’Agence internationale de l’Énergie (AIE) et l’Energy Information Agency des Etats-Unis prévoient toutes un prix du pétrole beaucoup plus élevé, soit entre 90 et 110$US. Ces chiffres sont même jugés conservateurs par plusieurs représentants du secteur pétrolier.

Selon l’AIE, le prix moyen du baril de pétrole devrait s’élever à quelque 100$US (dollar de 2007) entre 2008 et 2015[1]. Pour sa part, le scénario de référence (moyen) de l’EIA établit un prix de 110$US le baril en 2015[2]. De son côté, le scénario de référence de l’Office national de l’énergie du Canada (ONÉ) prévoit un prix d’environ 85$US le baril en 2016. Ainsi, l’hypothèse de 60$US utilisée par le ministère des Finances s’avère inférieure de 42%, 67% et 84% aux prévisions des grandes agences. Il est difficile d’expliquer les raisons pour lesquelles le ministère des Finances (et le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs) a crû bon de maintenir une telle hypothèse périmée, d’autant plus que son modèle d’équilibre général utilisé dans l’exercice de modélisation  est sensible aux prix du pétrole.

Il est plausible d’ailleurs qu’un exercice de modélisation basé sur des coûts du pétrole à 100-110$US – soit les projections des grandes agences internationales – montrerait probablement un gain économique plus important pour le Québec pour une cible ambitieuse. En effet : alors que le pétrole consommé au Québec est responsable de plus de la moitié de nos émissions de GES, plus on cherche à diminuer les émissions de GES, moins on consomme de pétrole, et moins on exporte de capitaux à l’étranger pour s’en procurer (15G$ en 2008), ceux-ci étant réinvestis ici sous forme d’investissements productifs dans le secteur de l’énergie, du transport et du bâtiment.

À quand, donc, une nouvelle mise à jour de la modélisation ?


[1] World Energy Outlook 2008, p.40

[2] EIA – États-Unis : Annual Energy Outlook 2009 – With Projections to 2030 (Mars 2009) – http://www.eia.doe.gov/oiaf/aeo/pdf/0383(2009).pdf

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