Dans son dernier budget, le gouvernement fédéral a décidé de subventionner la recherche sur la technologie du piégeage et du stockage du CO2 (PSC) appliquée aux sables bitumineux de l’Alberta. Plus de 850 millions de dollars de fonds public ont été gracieusement offerts à l’industrie pétrolière ou aux centres de recherche qui la supporte. Le gouvernement de Stephen Harper croit que le PSC est susceptible de réduire d’environ de moitié les émissions de GES des sables bitumineux en 2020. C’est du moins ce que le défunt Cadre réglementaire sur les émissions industrielles de gaz à effet de serre de 2008 nous apprend.
Or, un rapport publié en octobre dernier par le Cooperative Groupe et le World Wildlife Fund intitulé Carbon Capture and Storage in the Alberta Oil Sands : A Dangerous Myth nous apprend que dans le meilleur des cas, le PSC permettrait de capter de 30 % à 50 % des émissions de l’industrie des sables bitumineux. En plus, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, il faudra sans doute attendre la seconde moitié du siècle, avant que la technologie atteigne son plein déploiement et sa pleine efficacité.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que le PSC n’est applicable qu’à des sources d’émissions importantes et fixes, ce qui ne permet pas de capter les émissions de toutes les activités entourant l’exploitation des sables bitumineux. Au mieux, on peut penser en capter 50 %, 60 % ?
Il faut aussi tenir compte des coûts énergétiques de cette technologie, ce qui revient à dire au fond qu’il faut produire encore plus d’énergie et émettre davantage de CO2 pour réduire les émissions… sans compter que plus de production d’énergie à partir de matières fossiles signifie plus d’émissions d’oxydes de soufre et d’oxydes d’azote, de particules fines, etc.
Et les coûts économiques? On estime à l’heure actuelle qu’il en coûterait entre 60$ et 250$ pour capter une seule tonne de CO2 à l’aide du PSC. Ce coût serait sans doute nettement supérieur au prix sur les marchés d’échange, du moins pour un temps, ce qui n’inciterait aucunement l’industrie à investir massivement dans cette technologie, mais plutôt de continuer à se servir de l’atmosphère comme aire de stockage (lire : comme poubelle) ou d’acheter des crédits supplémentaires à moindre coût pour atteindre d’éventuelles réductions de leurs émissions.
Mais sans cadre règlementaire fédéral, pas de plafond absolu, pas de réductions à atteindre…
Voici un petit calcul qui en dit bien long…
Selon diverses projections, les émissions de l’industrie des sables bitumineux atteindraient entre 110 et 140 Mt, d’ici 2020. C’est trois fois plus qu’aujourd’hui.
Si on reporte le maximum de 140 Mt en 2050 et que le Canada se donnait comme cible ce que la science prescrit comme étant le minimum requis pour limiter la hausse moyenne des températures à 2oC et empêcher les changements climatiques dangereux, soit 80 % sous les niveaux de 1990, le Canada devra émettre au plus 118 Mt de GES.
Si, en 2050, le PSC permettait la réduction maximale espérée de 50 % des émissions des sables bitumineux, le budget carbone du Canada serait amputé dès le départ par les 70 Mt émis par les sables bitumineux.
Il resterait à peine 48 Mt pour tous les autres secteurs d’activité au Canada…